Cruelle splendeur – Chapitre 7

Chapitre 7

Debout face au mur, la tête baissée, les mains plaquées contre la pierre froide, Gisborne ferma les yeux, persuadé que tout ceci n’était qu’un effroyable cauchemar. Il allait bientôt se réveiller, sa douce Aurore blottie contre lui, la tête nichée au creux de son épaule. Du revers de la main, il lui caresserait délicatement la joue, alors la jeune femme ouvrirait à son tour lentement les yeux. Guy goûterait à nouveau la douceur de ses lèvres avant de lui refaire tendrement l’amour et lui donner du plaisir. Mais la dure réalité reprit vite le dessus et il fut forcé de réaliser que tout cela ne se reproduirait jamais plus. Aurore était la fille de Vaisey de Hamleigh, Shérif du Comté de Nottingham, et en tant que telle, il devait la considérer comme intouchable. Intouchable… Il était déjà trop tard. Gisborne frissonna à l’idée que le Shérif s’aperçoive que non seulement il avait parcouru le corps de sa fille dans les moindres détails, mais qu’en plus, il lui avait également ravi sa virginité.

Guy ne craignait pas pour sa vie, mais pour celle de sa bien-aimée car Vaisey était capable de tout, surtout du pire. Sa bien-aimée… Ces mots claquèrent tel un coup de fouet dans sa tête et une vérité s’imposa brutalement. Si Aurore avait découvert d’amour physique dans ses bras, il venait quant à lui de réaliser ce qu’aimer voulait vraiment dire. Pourtant, ce n’était pas la première fois qu’il chérissait quelqu’un. Jusqu’au soir précédent, il pensait ressentir un amour profond pour Lady Marianne, mais il comprenait dès lors que cela n’avait jamais été le cas. Certes, il éprouvait des sentiments sincères pour la jeune femme, mais il réalisa tout à coup qu’il voyait en Marianne celle qui sauverait son âme torturée et le purifierait de tous ses pêchés. Ce que Gisborne ressentait pour Aurore allait bien au-delà de l’amour charnel et il était intimement persuadé qu’elle partageait cet amour. Il voulait la protéger, la chérir, il tenait à elle plus que tout au monde. Il l’aimait, c’était aussi simple que cela, même s’il était incapable d’en expliquer la raison. Tout d’abord, il lui fallait trouver un moyen de sortir de cette situation mais à cet instant précis, il était incapable de réfléchir à quoi ce que soit. Profondément absorbé dans ses pensées, il n’entendit pas que quelqu’un se rapprochait de lui.

– Messire Guy ?

C’était une voix douce, une voix de jeune femme qui lui était familière, mais il ne bougea cependant pas d’un pouce.

– Guy… Est-ce que vous allez bien ? lui demanda-t-elle, inquiète.

Il sentit à présent qu’une main se posait sur son bras avec bienveillance.

– Guy, parlez-moi, je vous en prie…

Il reconnut à présent la jeune femme et poussa un soupir. Il n’y a pas si longtemps, il aurait tout donné pour l’entendre lui parler ainsi et qu’elle pose ses mains sur lui. Gisborne ouvrit lentement les yeux et tourna la tête vers celle qu’il avait cru tant aimer.

– Marianne…, murmura-t-il dans un souffle.

Il vit l’inquiétude briller dans ses prunelles et se dit qu’il devait montrer une bien triste image de lui-même pour recueillir autant de sollicitude.

– Etes-vous souffrant ? Souhaitez-vous que j’aille chercher de l’aide ?

La main toujours posée sur son bras, Marianne l’observait avec anxiété. Jamais encore elle ne l’avait vu dans cet état. Elle se dit qu’il avait dû recevoir une nouvelle dont la gravité ne faisait aucun doute pour qu’il reste là, sans réaction, alors qu’elle lui prodiguait un geste d’affection. Durant les rares fois où Guy et elle avaient eu un contact physique, elle avait à chaque fois perçu un trouble manifeste de la part du lieutenant. Alors qu’à cet instant, il se tenait là, immobile, sans faire le moindre mouvement. Marianne fut sur le point de rajouter quelque chose lorsque Gisborne sortit de sa torpeur en dégageant doucement le bras de son étreinte, avant de lui faire face.

Comme dans un rêve, il leva la main droite et avec une infinie douceur, caressa la joue de la jeune femme. Pour la première fois, Marianne ne chercha pas à éviter son contact. Etait-ce la surprise due à son audace ou le fait qu’elle était soulagée qu’il réagisse ? Il n’aurait su le dire. La seule chose limpide à ses yeux était qu’il devait tourner la page en tirant définitivement un trait sur un amour qui n’était pas partagé.

– Soyez sans crainte Marianne, je ne vous importunerai plus.

Gisborne retira lentement sa main du visage de la jeune femme et prit congé d’elle sans rajouter un mot. Marianne le regarda s’éloigner sans faire le moindre geste, ayant du mal à réaliser ce qui venait de se produire. Elle n’était pas certaine d’avoir bien saisi le sens de ses paroles. Venait-il réellement de l’assurer qu’elle n’aurait plus rien à craindre de lui et qu’il ne la poursuivrait plus de ses assiduités ? Bien qu’il s’agissait là de son souhait le plus cher jusqu’à cet instant, elle ne ressentit aucune joie alors que cette nouvelle aurait dû lui apporter réconfort et soulagement. Elle pouvait maintenant aller et venir librement, sans la crainte de le rencontrer à tout moment et de devoir ainsi continuellement trouver une échappatoire à chaque fois qu’elle l’apercevait, pour éviter de subir ses continuelles avances. Ne trouvant aucune réponse à ses interrogations, la jeune femme quitta à son tour ces lieux.

Après s’être acquitté de la mission confiée par le Shérif, ce qui ne lui prit qu’une petite heure, Guy retourna à ses appartements. Il se faisait tard et il n’aspirait qu’à se reposer. Il venait à peine de s’installer sur la chaise près de la cheminée que quelqu’un frappa à la porte.

– Entrez, dit-il d’une voix lasse.

La porte s’ouvrit doucement et il regarda le soldat franchir l’entrée timidement, comme s’il craignait de le déranger.

– Messire Guy, le Shérif m’envoie vous chercher. Il vous demande de venir immédiatement.

En soupirant, le lieutenant se leva et suivit le garde jusqu’aux appartements de son supérieur. N’aurait-il donc jamais un instant de paix ? Mais tant qu’il resterait au service de Vaisey, les choses ne seraient pas prêtes de s’arranger. De plus, le Shérif était en quelque sorte sa seule « famille », la seule personne qui lui apportait fortune et position sociale. Si Gisborne voulait garder tout cela, il lui fallait continuer à obéir aux ordres.

– Vous m’avez fait appeler Monseigneur ? lui demanda Guy lorsqu’ils furent seuls.

– Asseyez-vous Gisborne et écoutez-moi attentivement sans m’interrompre, dit le Shérif en guise de réponse.

Le lieutenant savait que quelque chose d’important allait avoir lieu. Vaisey lui avait annoncé l’autre jour que le Prince Jean en personne allait se déplacer à Nottingham pour venir chercher l’argent du nouvel impôt qu’il avait levé et constater par lui-même comment le Shérif dirigeait le Comté. Heureusement pour Vaisey, Robin n’avait volé qu’une infime partie de cette taxe, dont le Prince Jean ignorait le montant total. Néanmoins, le Shérif voulait que tout soit parfait pour l’accueillir lorsqu’il arriverait en ville ces prochains jours et aussi qu’il soit diverti en conséquence.

Vaisey avait déjà donné des ordres pour l’organisation des festivités, mais il avait besoin de son lieutenant pour une mission toute particulière et celle-ci concernait sa fille Aurore. A la mention de ce prénom tant aimé, Guy se redressa et écouta encore plus attentivement son supérieur lui exposer son plan. Lorsque celui-ci eut fini, le lieutenant se leva pour faire quelques pas dans la pièce, avant de revenir vers son supérieur.

– Monseigneur, je n’ose comprendre…

– Gisborne, croyez-vous que je me suis soudain découvert la fibre paternelle et que j’aie fait venir Aurore au château pour jouer au père modèle ? Un indice : non ! Alors, épargnez-moi vos états d’âmes et votre sensiblerie voulez-vous ? Si j’avais voulu une femme, je l’aurais choisie plus jolie et surtout muette !

Guy ne releva pas cette remarque acerbe et garda le silence.

– Vous vous occuperez de ceci dès demain matin. Vous pouvez disposer.

Le lieutenant avait presque atteint la porte lorsque le Shérif le rappela.

– Je pense qu’il est inutile de vous rappeler ce que je vous ai dit tout à l’heure, n’est-ce pas Gisborne ?

– Non, Monseigneur.

Sur ces derniers mots, Messire Guy sortit de la pièce et referma la porte derrière lui. La main serrée sur la poignée de son épée, il n’avait qu’une envie : retourner à l’intérieur et passer son supérieur au fil de sa lame. Mais il ne pouvait rien faire dans l’immédiat, à part chercher sa belle et quitter le château séance tenante, ce qui n’était pas la solution la plus appropriée. Il devait trouver quelque chose, et vite.

De retour dans ses appartements, Gisborne ne prit pas le temps de se dévêtir. Il posa son épée contre la chaise, ôta juste ses bottes et se laissa tomber sur le lit. Il fixa le plafond, laissant les idées se bousculer dans sa tête. Il n’eut pas le loisir de réfléchir longtemps. Le sommeil ne tarda pas à le gagner et c’est en se remémorant les dernières paroles du Shérif qu’il ferma les yeux.

A suivre…

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13 Responses to Cruelle splendeur – Chapitre 7

  1. bccmee says:

    What a shock! Marianne must be very surprised to see Guy leave her alone now.

  2. I forecast great trouble for the newly lovers (Aurore and Guy) and a scorching disappointment for an old acquaintance (Maid Marian) *giggles*

  3. april73 says:

    Yes, great troubles, very great troubles…

    But for Marian, she’s happy that Guy will no longer always be after her.😉

  4. mariana says:

    Tres interessant!… C’est le premier fan fiction que j’ai lu sur Guy ou il rennonce a Marianne. Je suis vraiment tres curieuse savoir comment l’histoire va se developper…

    • april73 says:

      Merci.🙂

      Oui, il y a beaucoup de fics sur Guy et Marian, j’ai voulu changer un peu. Je me concentre sur les personnages de Guy et Aurore, même si l’on retrouve quand même les autres personnages de la série de la BBC.😉

  5. Pingback: Legenda 31: Stuff worth reading « Me + Richard Armitage

  6. Hi April,
    Intriguing chapter! I wonder what Vaisey could have told Sir Guy–with regards to Aurora, and his plan for her? Hmmmm?
    I look forward to reading the nex chapter.
    Cheers! Grati ;->

  7. mariana says:

    Est-ce qu’on peut esperer lire bientot le 8-eme chapitre ?…

  8. claire93 says:

    à quand la suite ?????

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