Cruelle splendeur – Chapitre 3

Chapitre 3

Marianne était partie depuis plusieurs minutes déjà, mais Vaisey se tenait toujours assis sur sa chaise dans le grand hall. Il n’avait pas bougé d’un pouce et son regard semblait plongé dans le vide. Soudain, il sortit de sa torpeur et d’un geste de la main, il congédia les deux gardes qui se tenaient devant la porte d’entrée.

Ces derniers sortirent sans demander leur reste. Le Shérif désirait être seul et dans ce cas, il ne valait mieux pas le contrarier. Vaisey ne voulait pas l’admettre, mais la visite de la jeune femme l’avait troublé plus que de raison. Il ne put empêcher de vieux souvenirs de remonter à la surface. Mais ce n’était pas le moment de montrer le moindre signe de faiblesse.

A presque 48 ans, c’était la première fois qu’il avait peur, peur de ce qui pouvait lui arriver, peur pour sa vie. Il se ressaisit immédiatement. Il devait absolument garder son sang-froid et rester maître de la situation. Les coudes sur la table, le menton posé sur ses mains jointes, il tentait de faire le vide dans son esprit. Vaisey n’aurait su dire combien de temps il était resté là à ne penser à rien. Il ne s’était même pas rendu compte qu’une autre personne se tenait à présent debout non loin de lui dans le grand hall. Il parut soudain réaliser qu’il n’était plus seul.

Il se tourna vers le nouvel arrivant avec la ferme intention de le congédier, mais en le reconnaissant, un grand sourire apparut sur ses lèvres et il se leva pour l’accueillir chaleureusement.

– Blake, mon cher ami ! Vous ne pouvez imaginer à quel point votre visite me comble de joie.

William se garda bien de souligner que la missive que le Shérif lui avait fait parvenir tantôt était plus un ordre à venir immédiatement qu’une cordiale invitation. Il se contenta d’acquiescer. Mais si le Shérif pouvait presque paraître aimable lorsqu’un sourire se dessinait sur son visage, sur celui de William Blake, cela ressemblait plutôt à un rictus et le rendait encore plus inquiétant. Son regard gris était froid comme l’acier, ses lèvres fines lui donnaient un air cruel et une cicatrice lui barrait la joue gauche, lointain souvenir d’un combat qui avait mal tourné.

– Monseigneur… Que puis-je faire pour votre service ?

En quelques minutes à peine, Vaisey lui expliqua ce qu’il attendait de lui. Si Blake fut surpris par certaines informations données par le Shérif, il n’en laissa rien paraître. Au contraire, il se délecta même à l’avance de la tâche qu’il avait à accomplir, et pas seulement parce qu’il savait qu’il allait être grassement payé pour cela. Le Shérif lui signifia que leur entretien était terminé, mais William avait une dernière question à lui poser.

– Monseigneur me donne-t-il la permission de… m’amuser un peu ?

Le sourire du Shérif se crispa en entendant ces paroles, mais cela ne dura qu’un bref instant et ce fut sur un ton calme qu’il lui répondit.

– Faites cela… et je m’assurerai personnellement que votre mort soit la plus lente et douloureuse possible.

Blake hocha la tête pour signifier qu’il avait parfaitement compris le message et partit aussi discrètement qu’il était arrivé.

Quelques minutes plus tard, Vaisey quitta à son tour le grand hall et arpenta les couloirs du château, très satisfait de son entretien. Les doutes qu’il avait pus avoir un instant plus tôt s’envolèrent totalement. Tout en était en train de se dérouler tel qu’il l’avait prévu.

Pendant ce temps, Gisborne poursuivait la collecte des impôts ordonnée par le Shérif dans le Comté de Nottingham, village par village. Comme il s’y attendait, la tâche était ardue. Les paysans, déjà appauvris par toutes les taxes précédentes, ne possédaient plus rien, ou presque. Mais Guy craignait plus la fureur d’un seul homme que celui de toute une populace. Alors, à coup de violence et de menaces, il réussit à soutirer aux pauvres gens le peu qu’il leur restait. Et lorsqu’il rencontrait de la résistance, comme ce fut le cas dans ce village, il n’avait pas hésité à ordonner qu’on brûlât les maisons de ceux qui ne voulaient pas se soumettre. Il ignora totalement les regards chargés de haine que lui lançaient les paysans, il n’en avait que faire. Il était le bras droit du Shérif de Nottingham, il avait le devoir de lui obéir, quels que soient ses ordres et de faire respecter sa loi. Il ne montrait aucune pitié, aucun signe de faiblesse. Le Shérif l’avait persuadé que ce n’était qu’en agissant de la sorte et qu’en étant craint par le peuple qu’il pourrait faire régner l’ordre sur le Comté.

En quittant le village laissé en partie en ruines, le dernier sur sa « liste », Guy ne put s’empêcher d’éprouver une sorte de soulagement. Finalement, tout s’était passé comme prévu et le Shérif avait eu ce qu’il voulait. La taxe avait été récoltée sans trop de problèmes et les récalcitrants matés sans aucune difficulté. Mais de toute façon, que pouvaient faire quelques paysans en colère munis de fourches contre une milice de soldats armés jusqu’aux dents ?

Gisborne scruta le ciel. Il faisait encore jour et la nuit n’allait pas tomber avant un moment. Avant de retourner au château, il avait encore une dernière tâche à accomplir et il devait le faire le plus rapidement possible. Il ne pouvait plus attendre, de peur de manquer de courage s’il tardait trop. Il fit signe à ses hommes de le suivre tout en leur ordonnant de ne pas quitter leur précieux chargement des yeux. Plus il s’approchait de l’endroit où il voulait se rendre, plus Guy devenait nerveux. Lorsque le manoir Knighton apparut aux détours d’un chemin, sa tension était à son comble. Mais le fait de penser qu’il allait de nouveau se trouver en présence de sa bien-aimée le calma quelque peu.

Arrivé devant le manoir, Gisborne descendit de son cheval et d’un signe de tête, fit comprendre aux soldats qu’ils devaient l’attendre. D’un pas rapide, il se dirigea vers l’entrée où Messire Edward était en train de vaquer à quelque occupation. Ce dernier leva la tête à l’arrivée de son visiteur et se força à l’accueillir poliment, en espérant que Marianne ferait de même. Sa fille pouvait se montrer si impétueuse parfois…

– Messire Guy, que me vaut l’honneur de votre visite ? lui demanda-t-il.

– Je viens voir Marianne.

Comme d’habitude, songea Edward en faisant entrer son visiteur. Il espérait que sa fille serait dans de bonnes dispositions.

– Marianne, Messire Guy désire te voir.

Assise à table, occupée à faire des travaux de couture, elle leva la tête et se força à sourire en voyant leur invité.

– Messire Guy, le salua-t-elle en hochant la tête et en posant sa broderie devant elle.

Edward prit congé d’eux et monta à l’étage, ignorant le regard désespéré de sa fille qui le suppliait silencieusement de rester. La plus élémentaire des politesses aurait voulu qu’elle se levât pour l’accueillir, mais Marianne ne put se résoudre à quitter la présence rassurante de la table qui, à ses yeux, constituait une sorte de rempart entre elle et Gisborne. Celui-ci se rapprocha d’elle, tout en glissant une main dans la poche de son manteau. Il contourna la table et ne s’arrêta que lorsqu’il fut à ses côtés.

– Pour vous, dit-il en lui tendant un bijou.

Marianne n’eut pas d’autre choix que de le prendre. C’était une magnifique broche en argent, sertie de plusieurs saphirs.

– Messire Guy, c’est trop… Je ne peux accepter.

La jeune femme voulut lui rendre son cadeau, mais il l’arrêta d’un geste doux.

– Je vous en prie Marianne, ne me refusez pas…

Elle sentit son regard l’envelopper entièrement et sa voix se faire plus rauque.

– Laissez-moi veiller sur vous et peut-être qu’un jour… vous et moi…

A nouveau, Gisborne lui proposait le mariage et à nouveau, elle allait devoir faire preuve de toute la délicatesse possible pour refuser. Mais comment lui faire comprendre qu’elle ne l’aimait pas et qu’elle ne l’aimerait jamais, dut-il lui offrir toutes les richesses du monde ?

– Je vous remercie, mais je suis capable de veiller sur moi-même.

– Marianne… vous savez très bien de quoi je veux parler.

Le regard de la jeune femme passa de la broche entre ses mains au visage de Guy. Si elle la gardait, cela signifiait accepter l’idée de devenir un jour sa femme. Et si elle la refusait, elle prenait le risque de déclencher son courroux et de les mettre ainsi en danger, son père et elle. Gisborne parut se rendre compte de son trouble et décida de répondre à sa place.

– Gardez-la. J’espère juste vous la voir porter un jour. Au revoir Marianne.

Sur ce, il prit congé et sortit de la pièce aussi rapidement que possible. La jeune femme poussa un soupir de soulagement, mais elle se dit qu’elle ne pouvait plus continuer ainsi. Elle devait lui faire comprendre clairement une fois pour toutes que jamais elle ne consentirait à devenir Lady Gisborne. Elle fut interrompue dans ses pensées par le retour de son père.

– Je viens de voir partir Messire Guy. Il avait l’air furieux. Que lui as-tu dit qui le mette dans cet état ?

– Mais rien père, je suis restée courtoise et polie et je…

– Marianne, tu sais que je ne serai pas là éternellement pour veiller sur toi. Messire Guy est un homme important, il fera un excellent mari qui saura bien prendre soin de toi. Et il t’aime…

– Mais moi je ne l’aime pas ! se leva-t-elle dans un cri.

Surpris par la brusque réaction de sa fille, Edward ne bougea pas. Ce fut elle qui fit le premier pas en venant se réfugier dans ses bras.

– Oh père, je suis désolée de m’être emportée. Je serai plus aimable avec Messire Guy la prochaine fois mais je vous en prie, je vous en supplie, ne me laissez plus jamais seule avec lui…

Edward berça sa fille, comme lorsqu’elle était enfant. Elle était tout ce qui lui restait, elle était son bien le plus précieux. Il prit alors conscience du tourment que cela devait être pour elle.

– Je te le promets, lui dit-il en déposant un baiser sur son front.

A suivre…

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10 Responses to Cruelle splendeur – Chapitre 3

  1. bccmee says:

    This is getting complicated! I can really picture all the action. Lovely writing. Thanks for sharing!

  2. april73 says:

    Thanks to you for reading it. It must be not easy to read in another language, even with a translator.😉

    Oh yeah, it’s getting complicated, lol.

  3. claire93 says:

    je sens qu’il va falloir surveiller Blake de près . . . il ne me plaît pas beaucoup ce bonhomme ^^

  4. Ta fic est la première que je lis. C’est assez étrange comme expérience pour moi, mais j’aime beaucoup🙂 C’est encore plus étrange d’échanger en français à propos de RA, moi qui ne communique qu’avec des étrangers et anglophones depuis le début de mon addiction !😀

    • april73 says:

      Coucou et bienvenue sur mon blog.🙂

      J’ai déjà jeté un oeil sur ton blog. Il y a également un Tumblr qui porte ce nom. C’est le tien ?

      Je communique aussi pas mal avec des anglophones au sujet de Richard. C’est bien, ça m’aide à améliorer mon anglais, lol.

      Je suis contente que ma fic te plaise, surtout si c’est la première que tu lis.🙂

      • Oui, le tumblr est bien le mien, il me sert surtout à partager l’aspect visuel de mon addiction, wordpress est plus un lieu pour s’étendre et pousser plus loin la réflexion🙂

        Richard nous fait faire beaucoup de choses !

        De rien, c’est mérité😉

      • april73 says:

        Oui, il nous fait faire… et dire plein de choses cet homme, lol.

        Mais cela fait du bien de rigoler, délirer, papoter avec d’autres fans.😉

  5. Poor Marian,
    The only man of her age, station, and with prospects–Sir Guy–is not to her liking. Of course, his bullying of the peasantry doesn’t help him rise in her estimation. Ha!
    And Marian’s father, Sir Edward seems mostly useless–as usual. You’ve really captured the dynamics of the various relationships. Brava!
    Cheers! Grati ;->

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