Cruelle splendeur – Chapitre 2

Chapitre 2

Pensif, Vaisey se tenait assis à son bureau dans ses appartements, une lettre posée devant lui. Cette simple feuille de papier était la cause de sa mauvaise humeur matinale. Elle lui avait été amenée par un coursier à l’aube. Le Shérif avait à peine fini de lire la missive qu’il s’était précipité chez Gisborne pour déverser sa fureur sur lui.

L’expéditeur de la lettre n’était autre que le Prince Jean lui-même, le frère du Roi Richard. Le Prince avait décidé de lever un nouvel impôt à Nottingham et comptait venir en personne récupérer l’argent. Malheureusement pour le Shérif, les finances de la ville étaient au plus bas, en partie à cause de Robin des Bois. Il voyait mal comment il pouvait taxer davantage le peuple qui était déjà assez pauvre. Le Prince allait être furieux et bien évidemment, c’est Vaisey qui serait en ligne de mire et qui risquerait sa place, et même sa tête.

Debout devant le bureau, Gisborne restait silencieux, les bras croisés. Il n’avait pas soufflé mot pendant que Vaisey lui expliquait la situation. Depuis le temps, il avait compris qu’il valait mieux attendre que la tempête se calme d’elle‑même et c’est donc ce que Guy avait fait. Le Shérif avait à présent fini de déverser toute sa colère et s’était levé.

– Prenez tous les soldats nécessaires avec vous. Je ne veux pas savoir comment vous allez procéder, mais ramenez-moi cet argent.

Etonnamment, Vaisey avait prononcé ces mots d’un ton calme, plat, mais qui néanmoins était très clair. Il ne tolérerait aucun échec de la part de son lieutenant.

– Bien Monseigneur.

Sur ce, Guy prit congé et sortit des appartements du Shérif en se demandant comment il allait bien pouvoir rassembler une telle somme. Il allait devoir faire usage de la force, comme à son habitude. Mais comment allait-il prendre de l’argent à des gens qui n’avaient plus rien, même en les menaçant des pires tortures ?

Dehors, Gisborne ordonna à un palefrenier de seller son cheval et fit signe à une dizaine de gardes armés de l’accompagner. Quelques minutes plus tard, il s’apprêtait à enfourcher sa monture lorsque soudain, il la vit. Elle était là, à quelques mètres de lui. Marianne, la femme qu’il désirait si ardemment venait dans sa direction, montant fièrement en amazone une magnifique jument blanche. Guy se demandait ce qu’elle venait faire au château, car on ne l’y voyait que très rarement, comme si cet endroit lui déplaisait. Mais finalement, peu importait pourquoi, elle était là, plus belle que jamais, portant une robe bleu pâle qui mettait son teint et sa silhouette en valeur, ses cheveux auburn retombant librement sur ses épaules.

De son côté, Marianne venait également d’apercevoir Guy. Elle aurait préféré l’éviter, mais là, il était trop tard. Elle se força à sourire et paraître la plus aimable possible lorsqu’elle arriva à sa hauteur, ne pouvant délibérément passer à côté de lui sans s’arrêter. Il lui tendit les bras, prêt à l’aider à descendre de sa monture. Avec réticence, Marianne le laissa faire et il parut ne pas s’apercevoir que son corps entier s’était crispé lorsqu’il avait posé ses mains autour de sa taille, la soulevant de selle comme si elle ne pesait pas plus qu’une plume.

Troublé par ce contact, Gisborne garda le silence une fois que les pieds de Marianne eurent touché le sol. Il avait encore l’impression de sentir la chaleur de son corps contre ses paumes. Il essaya de se rappeler la dernière fois qu’il avait eu l’audace de la toucher et de l’effet que cela avait produit sur ses sens. Ce fut Marianne qui brisa ce silence en le saluant.

– Messire Guy…

– Marianne… Que nous vaut le plaisir de votre visite ? lui répondit-il dans un souffle rauque, en se penchant légèrement vers elle.

Il était à présent si proche de la jeune femme que s’il faisait ne serait-ce qu’un pas de plus, elle se retrouverait inévitablement dans ses bras. A la seule pensée de son corps plaqué contre le sien, la respiration de Guy s’accéléra et son cœur se mit à battre à vive allure dans sa poitrine. Il avait la sensation d’être à la fois au paradis et en enfer. Seuls quelques centimètres le séparaient de l’objet de son désir, mais il ne pouvait rien faire, alors qu’il aurait tout donné pour sentir ne serait-ce qu’une fois la délicate caresse de la chevelure de Marianne sur son visage, goûter par un baiser à la douceur de ses lèvres et serrer enfin contre lui ce corps qui le troublait tant.

Gisborne parut soudain se rendre compte qu’ils n’étaient pas seuls et que les gardes les observaient non loin de là. Et surtout, que le Shérif lui avait confié une mission à accomplir. Il se redressa et à regret, recula d’un pas. Comme à chaque fois, il éprouvait une sorte de déchirement lorsqu’il devait la quitter.

– Pardonnez-moi, mais je dois prendre congé. Un travail urgent à accomplir, ajouta Guy sans attendre sa réponse.

Il inclina la tête et prit congé d’elle avant de se diriger vers sa propre monture, en prenant de longues inspirations. Mais il savait que rien ne pourrait éteindre ce feu qui brûlait en lui. Marianne n’était pas dupe, elle était parfaitement consciente de l’effet qu’elle produisait sur lui. Mais que pouvait-elle y faire ? Jamais elle ne l’avait encouragé, jamais elle ne lui avait fait croire par quelque geste ou parole qu’il pouvait attendre autre chose qu’une simple amitié. Elle le vit enfourcher son cheval, puis partir au galop, suivi d’une dizaine de soldats armés. Tout cela n’augurait rien de bon. Quel mauvais coup le Shérif avait-il encore préparé ?

Justement, aucun d’eux n’avait remarqué que Vaisey avait été témoin de toute la scène. Il se tenait à une fenêtre. Il avait eu seulement l’intention de s’assurer du départ de son lieutenant lorsqu’il vit Marianne dans la cour du château. Bien qu’il n’ait pas pu entendre leur conversation car il se trouvait trop loin, le Shérif avait parfaitement vu la manière dont se comportait Gisborne face à Marianne. Il était si subjugué par la jeune femme qu’elle pouvait faire de lui ce qu’elle voulait. C’est ce qu’elle devait très certainement faire, se persuada Vaisey. Il se méfiait de Marianne et n’avait aucune confiance en elle, ni en toute autre femme d’ailleurs. En la présence de la jeune femme, son lieutenant devenait un parfait pantin.

Tout à coup, à cette pensée, le Shérif tourna brusquement les talons et quitta son poste d’observation. Il s’assit à son bureau et griffonna rapidement quelques lignes sur une feuille qu’ensuite, il plia et ferma de son sceau. Puis, il fit venir un valet qu’il chargea de livrer la missive en mains propres à son destinataire sur-le-champ. Et afin que le pauvre domestique s’acquitte parfaitement de sa mission, le Shérif lui rappela d’un ton détaché à quels tourments lui et sa famille s’exposeraient en cas de problème. Le jeune homme déguerpit le plus vite possible, tenant contre lui la lettre, prêt à défendre cette feuille de papier jusqu’à la mort.

Fier d’avoir trouvé la solution qui réglerait à coup sûr ses problèmes, Vaisey sortit de ses appartements pour rejoindre la grande salle. Il fut surpris d’y trouver Marianne, qui semblait l’attendre. Sa première pensée fut de la congédier sans ménagement, n’ayant nullement envie d’entendre la requête de la jeune femme. Car si elle avait fait tout ce chemin depuis le manoir Knighton jusqu’au château, c’était bien pour requérir quelque chose de sa part. Le Shérif la haïssait cordialement et il pouvait lire dans les yeux de Marianne que cela était réciproque. Vaisey imaginait sans peine ce que cela devait lui coûter de venir jusqu’ici. Il décida de la laisser parler et qui sait, cela pouvait être amusant de l’écouter et même encore plus de lui opposer un refus.

Le Shérif alla s’asseoir au bout de la table et Marianne le suivit sans un mot. Lorsqu’il fut confortablement installé, il regarda la jeune femme restée debout avec un sourire ironique avant de s’adresser à elle sur un ton mielleux.

– Alors, ma chère Lady Marianne, que puis-je faire pour vous ?

Elle fut surprise par ces paroles. Jamais encore le Shérif ne lui avait parlé sur ce ton. Cela le rendait encore plus inquiétant. Elle n’avait qu’une envie, celle de s’en aller de ce lieu sinistre au plus vite, mais elle n’avait pas le choix. Elle s’était rendue au château dans un but précis, avait fait tout son possible pour rester aimable lorsqu’elle avait croisé Gisborne, elle n’allait pas reculer à cet instant. Alors, elle prit son courage à deux mains et se lança.

– Monseigneur est très certainement au courant de la bande de voleurs qui sévit depuis quelques jours dans les environs. Il doit certainement s’agir des complices de cet infâme Robin des Bois. Au nom de mon père, je viens requérir votre aide et protection.

Marianne regarda le Shérif, espérant avoir été assez convaincante en traitant Robin des Bois d’infâme. De son côté, Vaisey ne s’était pas départi de son sourire. Alors comme cela, la demoiselle et son imbécile de père avaient quelques soucis… Il était sur le point de lui rétorquer qu’il ne pouvait pas mettre un soldat devant chaque maison, même s’il était du devoir d’un Shérif de veiller à la sécurité de la population. De plus, il n’était pas dupe du « mensonge » de Marianne. Il était au courant pour la bande de voleurs, mais il savait très bien qu’ils n’avaient rien à voir avec Robin des Bois. Mais il se ravisa et se dit qu’il allait accéder à sa demande. Son père et elle lui seraient ainsi redevables et Vaisey ne manquerait pas de le leur rappeler à la moindre occasion. Il lui fit part de sa décision avant de lui faire comprendre que leur entretien était terminé. Marianne le remercia le plus poliment qu’elle put avant de prendre congé et de quitter cet endroit qu’elle détestait encore plus que l’homme assis devant elle.

A suivre…

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8 Responses to Cruelle splendeur – Chapitre 2

  1. bccmee says:

    Guy is often wordlessly standing with his arms crossed and I like how you have written him as such. And the thoughts running through Guy’s head when he is in the presence of Marian are just as I imagine.

    I’m curious to see what trouble the sheriff is stirring up now!

  2. claire93 says:

    mmmmm oui, qu’est qu’il a en tête le Shérif? vivement la suite ^^

  3. Poor Sir Guy,
    He is truly “hopelessly” in love with Lady Marian. And Lady Marian? Manipulating Sir Guy to suit her needs.
    Cheers! Grati ;->

    • april73 says:

      Yes, I agree… poor Guy…

      Lady Marian will not be an important character in my story, because there are already a lot of Marian/Guy stories, so I wanted to do something else.

      The principal feminine character will be another lady… but she’s not here for the moment.😉

  4. “En la présence de la jeune femme, son lieutenant devenait un parfait pantin”

    Here we are with the triangle of love: Guy/Marian/Robin. Sheriff is the knowledgeable Big Brother. I’m curious to know how the story develops!

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